Publicité et écologie : quand le marketing se prend les pieds dans le tapis !
Par Denis Fereol le lundi 8 septembre 2008, 21:53 - Décalé/Humeur/Divers - Lien permanent
Ces dernières semaines, quelques publicistes ont dérapés sur l'impact écologique des produits dont ils vantent les mérites et notamment le cas Renault Eco 2 et le Crédit Mutuel qui prend le problème à l'envers !

Pour commencer, le Crédit Mutuel a lancé une campagne visant les jeunes et le permis avec un slogan qui va à l'encontre de toutes les politiques locales ou nationales qui mettent en avant les transports en commun.
Voici ce que dit le speech de la publicité :
"Auto : pour bien conduire son budget
Marre des transports en commun ou encore de devoir emprunter la voiture familiale ? Vous rêvez de posséder votre propre véhicule ? Pour mettre toutes les chances de votre côté, suivez les conseils et les solutions d’un routard expérimenté des finances : le Crédit Mutuel.
Financement du permis de conduire, achat de la voiture, assurance, entretien… Avant de prendre le volant, le chemin est souvent sinueux, notamment pour les finances d’un jeune conducteur. C’est pourquoi le Crédit Mutuel vous propose toute une gamme de produits… qui tient vraiment la route !"
A vous de juger ...
La deuxième publicité que je désire également commenter est celle de Renault et ses voitures "écologiques" Eco 2 (voir une vidéo ici).
Je vais donc éclairer les idées reçues sur leurs arguments de communication très pertinents mais qui peuvent être mal interprétés :
1) La certification ISO 14001 n'a pas à proprement parler d'effet direct sur l'environnement ; elle incite à une prise en compte des impacts environnementaux mais n'empêche pas les pollutions, on constate souvent une diminution chez les entreprises certifiées (réduction de la production de déchets, diminution des consommations d'énergie et d'eau, ...) mais pas de disparition complète des impacts.
2) Le recyclage à 85% des matériaux des véhicules est une obligation réglementaire depuis déjà quelques années (Directive 2000/53/CE du Parlement européen et du Conseil, du 18 septembre 2000, relative aux véhicules hors d'usage), de fait notre chère marque au losange ne fait que mettre en œuvre une obligation légale.
3) Les moteurs à faible production de CO2 des véhicules sont, je suis d'accord, un énorme progrès mais n'empêchent en aucun l'émission de gaz à effet de serre, et surtout ne conduisent pas vers des modes de motorisation alternatifs (le pétrole restant le combustible n°1 et les biocarburants étant toujours au cœur d'une polémique justifiée par leur impact sur les coûts des aliments et leur réel gain pour l'environnement).
Je reste donc sceptique sur cette communication sûrement très vendeuse car ciblant parfaitement les préoccupations environnementales des clients potentiels mais donnant malheureusement une fausse image de la réalité.
(L'éco-conduite et les différents modes de transports feront sûrement l'objet d'un post sous peu. Je critique certes mais pour compenser cela je ferai un tour d'horizon des modalités alternatives de déplacement.)
Je n'aborderai pas les nombreux autres exemples de ratés (Cristalline et sa campagne anti-eau du robinet notamment). Le BVP (Bureau de Vérification de la Publicité) a d'ailleurs été au centre de nombreuses polémiques suite au passage au travers de la raquette de certaines publicités jugées "mensongères" sur l'aspect environnemental du produit.
Commentaires
Excellente observation!
Le greenwashing est hélas trop souvent utilisé et les réels effort pas forcément au rendez-vous.
À nous consommateurs d'ouvrir l'oeil et de ne pas nous laisser avoir par ce type d'arguments commerciaux.
Ce qui est dommage surtout c'est qu'on prenne en compte uniquement les émissions de CO2 pour mesurer si un véhicule est polluant ou non. Or on sait très bien que c'est surtout le rejet de particules qui contribue à polluer l'air. Mais aucun constructeur ne communique sur ces données. Quand on sait que les moteurs diesel sont les plus gros producteurs de particules polluantes et qu'ils représentent plus de 70% des véhicules neufs, on se dit qu'il y a encore du boulot au niveau de l'écologie !
Billet très pertinent sur les dérives actuelles du greenwashing. L'environnement est un sujet très complexe même quand on l'aborde posément et avec sang froid. Alors lorsque les pro du markéting s'en emparent pour séduire les foules... Gare aux dégâts !
Il y a malheureusement peu d'information à destination du grand public, mis à part quelques interventions de Que Choisir ou de Greenpeace. Il faudrait une véritable éducation du consommateur sur la jungle des labels, sur les normes réglementaires, etc.
Avez vous déjà vu ces "Green Gas" sur les aérosols ? "Green" car sans effet sur la couche d'ozone, mais ayant un effet de serre lus de 100 fois supérieur au CO2 ! Et ces gaz, obligatoires, sont utilisés pour tromper les consommateurs :(
Oh oui, il y en a du boulot !
Premier élément de réponse aux consommateurs de la part du MEEDDAT (Ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement Durable et de l'Aménagement du Territoire) et de l'Afnor : un site de présentation de tous les labels à découvrir au lien ici.
L'Ademe a, de son côté, édité de nombreux guides pratiques pour aiguiller le consommateur dans ses choix ... reste à suivre ces conseils de bon sens.